Circuit court et bilan carbone : ce que disent les chiffres
La question du transport, un faux-ami ?
L’argument le plus souvent mis en avant pour défendre les circuits courts est la réduction des kilomètres alimentaires, c’est-à-dire la distance parcourue entre le lieu de production et la table du consommateur. Selon l’Ademe, le transport représente en moyenne 10 à 15% des émissions de gaz à effet de serre du secteur alimentaire en France (librairie.ademe.fr). Cela signifie que, bien que non négligeable, la part transport du bilan global est loin d’être dominante.
Ainsi, acheter des tomates produites localement mais cultivées sous serre chauffée en hiver peut s’avérer plus émetteur qu’acheter des tomates importées d’Espagne ou du Maroc cultivées en plein air, malgré une distance transport plus importante (source : Ademe).
Principaux postes d’émissions de gaz à effet de serre de l’alimentation en France
| Poste |
Part dans les émissions totales |
| Production agricole |
49% |
| Transformation |
19% |
| Transport |
11% |
| Distribution |
11% |
| Emballage |
7% |
| Stockage / Réfrigération |
3% |
Comparaison des émissions locales et longues distances
- La moyenne des trajets pour un produit acheté en circuit classique (supermarché, etc.) en France est estimée à 2 400 km, dont une grande part est mutualisée via des flux logistiques optimisés.
- En circuit court, les trajets sont souvent bien plus courts (30 à 100 km), mais la mutualisation est moindre et les initiatives individuelles peuvent générer, paradoxalement, plus d’émissions si chaque consommateur se déplace seul (source : Synthèse INRAE, 2020).
Par exemple, le déplacement individuel d’un consommateur en voiture vers une ferme à 30 km pour acheter de la viande génère plus d’émissions par kilogramme que le transport groupé de palettes de viande en logistique industrielle. Les modalités de distribution collective, type points-relais, circuits vélo, ou navettes mutualisées, améliorent fortement ce bilan.
L’enjeu spécifique des produits frais et saisonniers
Le stockage (réfrigération, surgélation) et la production de contre-saison sont fortement émetteurs si la filière locale fonctionne hors saison. À l’inverse, respecter la saisonnalité et consommer brut permet de concentrer les gains sur la production agricole, ce qui demeure le principal poste d’émissions.