15/05/2026

ESS et inclusion : quand l’innovation sociale remet l’emploi à la portée de tous

Une dynamique régionale majeure au service de l’emploi

L’économie sociale et solidaire (ESS) occupe une place essentielle dans le tissu socio-économique de la Nouvelle-Aquitaine, à l’échelle française comme européenne. Selon l’Observatoire National de l’ESS, elle regroupe environ 10 % des emplois salariés en France, chaque structure ayant pour point commun d’inscrire l’humain et l’utilité sociale au cœur de sa stratégie. Mais au-delà des chiffres, l’ESS se démarque par sa capacité à agir concrètement pour l’inclusion des personnes fragilisées sur le marché du travail : personnes peu ou pas diplômées, travailleurs en situation de handicap, jeunes sans qualification, demandeurs d’emploi longue durée, personnes réfugiées, habitants des territoires ruraux ou prioritaires.

En Nouvelle-Aquitaine, la vitalité de ce secteur n’est plus à démontrer : près de 25 000 établissements, plus de 220 000 emplois (source : Cress Nouvelle-Aquitaine, 2022), et de nombreux dispositifs d’accompagnement. Comment ces entreprises et associations agissent-elles, au quotidien, pour rapprocher de l’emploi celles et ceux qui en sont durablement éloignés ?

Qu’est-ce qu’on désigne par “publics éloignés de l’emploi” ?

La notion de “publics éloignés de l’emploi” désigne un ensemble de personnes faisant face à des obstacles majeurs pour accéder à un emploi durable :

  • Freins socio-économiques : absence de formation ou de diplôme, précarité, décrochage scolaire, logements instables.
  • Discriminations : liées au genre, à l’origine, au handicap, à l’âge ou à la santé.
  • Facteurs territoriaux : vivre dans des zones rurales ou quartiers prioritaires où le tissu économique est fragile.

Selon l’INSEE, plus de 2,5 millions de personnes en France sont considérées comme durablement éloignées de l’emploi (source INSEE, 2021).

Comment l’ESS agit-elle concrètement pour l’inclusion ?

Des modèles hybrides misant sur l’accompagnement global

Contrairement à d’autres entreprises, les structures de l’ESS combinent production de biens ou de services, et accompagnement social renforcé. Cette logique “d’accompagnement global” s’articule autour de plusieurs piliers :

  1. La formation et l’apprentissage en situation réelle : Les chantiers d’insertion et entreprises d’insertion proposent des contrats de travail adaptés, couplés à un accompagnement individualisé.
  2. Le soutien aux démarches personnelles : Appui à la mobilité, accès au logement, aide aux démarches administratives ou à la santé – afin d’agir sur l’ensemble des freins à l’emploi.
  3. L’accès à des réseaux professionnels : Les personnes en insertion bénéficient de tutorats, immersion en entreprise et accès à des réseaux locaux.

L’accompagnement socio-professionnel : exemple des Ateliers et Chantiers d’Insertion (ACI)

Les ACI forment l’un des dispositifs les plus emblématiques. Ils emploient chaque année près de 130 000 personnes, pour une durée limitée, sur des activités utiles localement (espaces verts, recyclerie, restauration collective, agriculture, etc.) tout en proposant un encadrement rapproché, des formations courtes, des bilans réguliers. En Nouvelle-Aquitaine, la Recyclerie de Fumel ou Les Jardins de Cocagne (réseau national, avec plusieurs sites régionaux) montrent que l’inclusion passe autant par l’activité que par la valorisation individuelle.

Des innovations organisationnelles au service du lien social

L’ESS mise souvent sur des organisations horizontales, permettant à chacun.e de s’impliquer, d’exprimer ses besoins et son projet professionnel. Ce mode de gouvernance favorise la prise de parole de personnes habituellement peu écoutées dans les structures plus classiques.

  • Coopératives d’activité et d’emploi (CAE) : Elles offrent à des entrepreneurs en herbe, notamment d’anciens chômeurs, de lancer leur activité tout en bénéficiant du statut d’entrepreneur salarié (ex : Coop’Alpha à Bordeaux).
  • Structures d'insertion par l’activité économique (SIAE) : Ces associations ou entreprises insèrent des personnes durablement éloignées de l’emploi par la production de biens ou services, parfois en lien avec le tissu économique local (ex : Le Relais Gironde, spécialisé dans le recyclage textile).

Focus sur l’inclusion des personnes en situation de handicap

Les Entreprises Adaptées (EA) et Établissements et Services d’Aide par le Travail (ESAT) constituent deux piliers de l’ESS à destination des personnes en situation de handicap. Les EA permettent l’emploi de salariés dans des conditions adaptées (aménagements, horaires, approche inclusive au quotidien). Les ESAT accueillent des personnes dont la capacité de travail est réduite, avec un accompagnement professionnel et médico-social. Selon l’UNEA, en 2023, plus de 40 000 personnes travaillent dans des EA, et 120 000 dans les ESAT à l’échelle nationale. L’association Trisomie 21 Nouvelle-Aquitaine, ou encore l’entreprise adaptée Handiplanet, illustrent cette dynamique régionale.

Chiffres clés : l’impact concret de l’ESS sur l’inclusion professionnelle

Type de structure Nb établissements en Nouvelle-Aquitaine* Nombre moyen de postes d’insertion/an
Chantiers d’insertion 340 + 6500
Entreprises d’insertion 210 + 3100
Entreprises adaptées 70 ~ 2800
ESAT 125 ~ 7400

* Source : CRESS Nouvelle-Aquitaine, 2022 / DREETS

Des parcours individualisés pour garantir un retour durable à l’emploi

L’une des forces de l’ESS réside dans la personnalisation des parcours. Plutôt que d’imposer des solutions “standard”, les structures adaptent les contrats, l’intensité de l’accompagnement, la durée des formations, le suivi post-insertion. Ce sur-mesure augmente la réussite des sorties vers l’emploi durable. Ainsi, selon la DARES, près de 58 % des personnes sortant d’entreprises d’insertion ou de chantiers d’insertion retrouvent un emploi ou une formation durable à 6 mois.

Parmi les démarches innovantes emblématiques, citons :

  • La clause d’insertion dans les marchés publics : de nombreux projets territoriaux (transports, BTP, restauration collective) intègrent une part d’emplois réservée aux publics éloignés de l’emploi, souvent portée par les SIAE.
  • L’accompagnement “aller vers” : des équipes de médiation ESS vont à la rencontre de jeunes ou de familles isolées, dans les quartiers prioritaires, à l’image de la Régie de quartier de Pau.
  • Des parcours mixtes emploi/formation : alternance, tutorat par des salariés expérimentés, accès à des lieux d’accueil innovants (conciergeries solidaires, tiers-lieux inclusifs…).

Freins et défis pour l’avenir

Si les réussites sont réelles, l’ESS fait face à des défis multiples : financement structurel fragile pour de nombreux acteurs, exigences croissantes en matière d’évaluation d’impact, difficulté à franchir le cap vers l’emploi ordinaire pour certains publics. Par ailleurs, la reconnaissance des compétences acquises dans le cadre de l’insertion reste un enjeu central. L’État, les collectivités locales, Pôle emploi et le Mouvement associatif travaillent à renforcer le passage entre insertion et emploi durable, par la création de parcours-passerelles ou la lutte contre les stéréotypes à l’embauche (voir le rapport IGAS 2023).

Enjeux et perspectives pour la Nouvelle-Aquitaine

L’ESS représente un levier d’innovation sociale avéré pour l’inclusion. Elle joue un rôle de laboratoire d’expérimentations pour le retour à l’emploi des publics du RSA, des jeunes en errance, ou des travailleurs précaires. Plusieurs territoires régionaux innovent déjà : le projet “Territoire Zéro Chômeur de Longue Durée” dans le bassin de Mauléon, ou le réseau des PTCE (Pôles Territoriaux de Coopération Économique) qui associe ESS, collectivités et entreprises classiques.

À l’heure de la transition écologique et de l’économie circulaire, l’ESS ouvre de nouveaux champs d’emplois inclusifs (réparation, réemploi, alimentation de qualité, mobilité solidaire, etc.). Les acteurs publics locaux s’appuient de plus en plus sur ces modèles pour construire des parcours durables et adaptés.

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