12/05/2026

Association d’insertion : un moteur parfois méconnu du développement économique en Nouvelle-Aquitaine

Bousculer les regards : de la solidarité à la croissance économique

Les associations d’insertion, souvent associées au champ social, déplacent discrètement le centre de gravité du développement économique local. À l’heure où la création de valeur ne se mesure plus uniquement à l’aune du PIB ou du nombre d’emplois formels, leur rôle mérite une attention nouvelle : elles conjuguent inclusion sociale et dynamisme territorial, deux leviers indissociables dans des régions engagées comme la Nouvelle-Aquitaine.

Décryptage : qu’appelle-t-on “association d’insertion” ?

Le terme désigne un large spectre de structures associatives : Ateliers et Chantiers d’Insertion (ACI), Entreprises d’Insertion (EI), Entreprises de Travail Temporaire d’Insertion (ETTI), Régies de Quartier, et Espaces Test Agricoles, entre autres. Leur point commun : proposer une activité économique (de production, de services ou d’accompagnement) aux personnes éloignées de l’emploi grâce à un accompagnement renforcé.

  • ACI (Ateliers et chantiers d’insertion) : privilégient une activité de production ou de service pour des contrats de travail encadrés et tremplins.
  • EI (Entreprises d’insertion) : inscrites sur le marché concurrentiel, elles visent l'emploi durable pour les personnes en difficulté.
  • ETTI (Entreprises de Travail Temporaire d’Insertion): contrat d’intérim associé à un suivi social.
  • Régies de quartier ou de territoire : agissent à l’échelle locale, souvent sur la gestion urbaine de proximité, impliquant les habitants.

La France comptait, selon la DARES, près de 4 000 structures d’insertion par l’activité économique (SIAE) en 2022, soit plus de 145 000 salariés en parcours d’insertion (source : DARES). En Nouvelle-Aquitaine, le secteur est un pilier d’un tissu associatif dense et ancré dans la réalité du terrain.

L’impact économique des associations d’insertion : bien plus que l’accompagnement social

Un employeur territorial d’importance

Première évidence : ces structures sont des employeurs. En Nouvelle-Aquitaine, près de 20 000 personnes bénéficient chaque année d’un contrat d’insertion, selon la DIRECCTE régionale. Ces emplois, souvent considérés comme des “emplois de transition”, constituent en réalité un rempart contre la précarisation de bassins d’emplois fragilisés.

  • Maintien des emplois non délocalisables : la majorité des postes d’insertion sont locaux, dans les secteurs comme l’entretien d’espaces verts, la logistique, l’alimentation ou la construction.
  • Diversification des activités économiques : elles sont de plus en plus présentes dans les filières de l’économie circulaire (recyclage, réemploi, réparation).

À l’échelle d’un territoire, cette stabilité injecte du revenu dans les quartiers ou zones rurales, fait vivre des commerces locaux, et soutient la vitalité du tissu productif.

Un rôle d’innovation sociale et environnementale

Très en avance sur la transition écologique, les associations d’insertion se sont positionnées sur des secteurs à fort potentiel d’avenir :

  • Création de ressourceries, recycleries, plateformes de réemploi : plus de 25 % des structures d’insertion françaises sont actives dans l’économie circulaire (source : Réseau national des Ressourceries).
  • Mise en place de circuits courts alimentaires, agriculture biologique et insertion en maraîchage : de nombreux “Espaces Tests Agricoles” essaiment la région.
  • Développement de chantiers de rénovation énergétique ou d’adaptation de logements pour les personnes en situation de handicap ou de précarité.

Ces démarches créent une double valeur : sociale (autonomie, confiance retrouvée) et économique (apparition de nouvelles filières, création de richesse locale, circulation accrue de flux financiers sur le territoire).

Insertion et développement territorial : un cercle vertueux documenté

Des parcours individuels qui irriguent toute la collectivité

Chaque réussite individuelle bénéficie à la collectivité. D’après l’étude d’impact menée par le Labo de l’ESS, pour 1 euro investi dans une association d’insertion, entre 2,80 € et 4 € de bénéfices socio-économiques sont générés pour la société (par économies sur les prestations sociales, ressources fiscales créées, moindre coût pour la santé publique…). Ce “retour sur investissement” est devenu un argument de plaidoirie pour les collectivités territoriales.

Type d’association Impact principal Exemple en Nouvelle-Aquitaine
ACI (Atelier et Chantier d’Insertion) Insertion de publics éloignés, revitalisation de quartiers Chantier école de la Ville de Pau sur la rénovation urbaine des quartiers Nord
EI (Entreprise d’Insertion) Création d’emplois pérennes dans de nouveaux secteurs Entreprise adaptée de recyclage à Limoges : 80 salariés
Régie de Quartier Gestion de proximité, dynamisation économique et sociale locale Régie de quartier de Bordeaux Bacalan – emploi et formation pour les habitants

L’insertion bénéficie également à la dynamique entrepreneuriale : nombre de bénéficiaires créent ensuite leur propre activité, capitalisant sur les compétences et le réseau acquis.

Moteur de coopération territoriale

Les structures d’insertion fédèrent des acteurs disparates : collectivités, entreprises classiques, bailleurs sociaux, habitants… À travers les marchés publics réservés ou les clauses sociales, elles deviennent une porte d’entrée stratégique pour les politiques de développement local, l’économie sociale et solidaire mais aussi les grands donneurs d’ordre.

  • 80 % des SIAE de Nouvelle-Aquitaine contractualisent avec au moins une collectivité locale (source : CRESS Nouvelle-Aquitaine).
  • Les clauses sociales intégrées dans les marchés de construction de Bordeaux Métropole ont permis de mobiliser plus de 650 000 heures d’insertion en 2021 (Bordeaux Métropole).

Par ce jeu de coopération, les associations d’insertion deviennent indispensables à la dynamique d’écosystèmes locaux, contribuant à “faire territoire”.

Freins et défis à surmonter pour amplifier cette contribution

Malgré leur rôle pivot, plusieurs obstacles subsistent :

  • Difficultés de financement structurel (prépondérance du financement par projet, faible anticipation à moyen terme)
  • Reconnaissance institutionnelle variable : selon les départements et les politiques publiques, le niveau de soutien fluctue.
  • Difficulté d’accès à certains marchés, notamment privés, malgré la montée des achats responsables
  • Turnover élevé lié à la nature transitoire de l’emploi d’insertion : nécessité de renouveler sans cesse l’accompagnement et les parcours

Cependant, la tendance des dernières années montre une prise de conscience grandissante. Le Pacte d’Ambition pour l’Insertion par l’Activité Économique, lancé par l’État en 2019, vise à augmenter le nombre de bénéficiaires accompagnés et diversifier les activités support d’insertion (travail-emploi.gouv.fr).

Vers une reconnaissance stratégique : la voie de la confiance et de l'innovation partagée

Reconnaître le rôle économique des associations d’insertion, c’est dépasser l’approche “utilité sociale” pour intégrer pleinement ces acteurs dans l’élaboration des stratégies de développement local. La Nouvelle-Aquitaine, riche de sa diversité rurale, urbaine et littorale, peut capitaliser sur l’apport singulier de ces structures : leur capacité d’innovation, leur connaissance fine des publics et leur flexibilité d’action.

L’expérience montre que lorsque l’insertion s’intègre à d’autres politiques (transition écologique, revitalisation urbaine, circuits-courts, droit à la mobilité…), elle démultiplie son effet levier. À l’heure des transitions multiples, les associations d’insertion s’imposent comme des partenaires capables d’ouvrir la voie à une économie plus résiliente, inclusive et territorialisée.

Pour aller plus loin : • DARES, chiffres clés de l’Insertion par l’Activité Économique 2022 • CRESS Nouvelle-Aquitaine, Cartographie des acteurs et impact de l’ESS régionale • Labo de l’ESS, Études et analyses d’impact • Réseau national des Ressourceries

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