19/05/2026

De nouvelles compétences pour un territoire en mouvement : l’enjeu fondamental de la formation en Nouvelle-Aquitaine

Introduction : Changer de prisme, former autrement

Face à des mutations économiques, technologiques et sociales toujours plus rapides, la question des compétences prend une ampleur inédite. En Nouvelle-Aquitaine, vaste région à la fois agricole, industrielle, littorale et numérique, la construction des compétences de demain se joue à la croisée des mondes. Ni privilège ni prérequis abstrait, la formation devient une clé stratégique : elle reconfigure l’accès à l’emploi, impulse l’attractivité économique, soude le tissu social et ouvre des horizons nouveaux à chaque territoire. Comment la formation et le développement des compétences redessinent-ils aujourd’hui la dynamique de la région ? Quels défis, mais aussi quelles expérimentations concrètes, révèle la Nouvelle-Aquitaine ?

Les transformations structurelles à l’œuvre : pressions et opportunités sur les compétences

En Nouvelle-Aquitaine comme ailleurs, plusieurs phénomènes majeurs recomposent la scène des compétences :

  • Transition numérique : D’ici 2030, plus d’un emploi sur deux sera profondément transformé par le numérique, selon France Stratégie (source).
  • Transitions écologiques et industrielles : Entre ambition bas-carbone, relocalisation industrielle et gestion durable des ressources, de nouveaux métiers se créent tandis que d’autres se transforment. Les activités de la filière hydrogène ou de l’économie circulaire connaissent déjà une croissance marquée dans la région (source : Région Nouvelle-Aquitaine, Insee).
  • Mondialisation et attractivité des territoires : Le développement économique passe par la capacité à attirer, intégrer et faire évoluer les talents, pour répondre aux besoins locaux et rester compétitif à l’échelle mondiale.
  • Vieillissement démographique : Premier enjeu en termes de volume d’emplois à renouveler, il concerne tout particulièrement la Nouvelle-Aquitaine, région la plus vaste de France et très concernée par le renouvellement des professions de santé, des métiers du soin et du secteur associatif.

Face à ces changements, la maîtrise des compétences transversales (adaptabilité, créativité, capacité à apprendre) devient aussi essentielle que les savoir-faire techniques.

Le marché de l’emploi régional : entre tension et dynamique de reconversion

L’économie de la Nouvelle-Aquitaine présente deux visages cohérents mais parfois contradictoires : des filières traditionnelles qui portent l’identité régionale (agriculture, viticulture, aéronautique, agroalimentaire...), et l’émergence de nouveaux pôles d’excellence (énergies vertes, numérique, biotech).

Secteur Tensions sur le recrutement (2023, source Pôle emploi) Actions en formation
Viticulture et agriculture Très fortes, nouveaux métiers autour de l’agroécologie Parcours de formation continue, expérimentation BTS « Agriculteur du futur »
Numérique Excédent d’offres, nombreux postes non pourvus (développeurs, AI, cybersécurité) Écoles labellisées Grande École du Numérique, Campus Région du numérique
Soins et médico-social Tensions aiguës, besoin de renouvellement générationnel Réforme de la formation des aides-soignants, ouverture d’IFSI en zones rurales
Industrie & énergie Transformation/transition forte : besoins en génie industriel, maintenance, énergie hydrogène Campus d’excellence Industrie du Futur, dispositifs de reconversion

En 2022, plus de 51% des entreprises régionales déclaraient manquer de candidats avec les compétences adaptées (Pôle emploi Nouvelle-Aquitaine). Face à ces tensions, la promotion des reconversions, de la formation tout au long de la vie, et le développement de passerelles entre les secteurs s’imposent.

Compétences de demain : quelles connaissances et savoir-être privilégier ?

Les analyses prospectives (France Stratégie, Céréq) convergent : peu d’emplois disparaîtront totalement, mais presque tous évolueront, exigeant une hybridation croissante des compétences. Quelques domaines exemplaires en Nouvelle-Aquitaine :

  • Compétences numériques et data : De la maîtrise des outils de gestion à la cybersécurité, la connaissance des architectures informatiques et l’analyse de données deviennent incontournables, aussi bien dans l’industrie que dans l’agroalimentaire ou la santé.
  • Agroécologie, développement durable : Nouvelles pratiques agricoles, circuits courts, gestion de la ressource en eau… L’agroécologie exige à la fois des expertises techniques, des savoirs sur la biodiversité et une capacité à travailler en réseau.
  • Compétences relationnelles et adaptatives : Capacités à travailler en équipe, à apprendre tout au long de la vie, à innover. Le Conseil régional distingue ces « compétences transversales » comme un levier clé de compétitivité et de cohésion.
  • Métiers en tension du soin : Humanité, gestion du stress, résilience, mais aussi digitalisation du parcours de soins et télémédecine.

Initiatives innovantes et stratégies régionales : panoramas et exemples inspirants

La Nouvelle-Aquitaine se distingue par des initiatives pilotes pour rapprocher formation, emploi et innovation territoriale. Quelques illustrations marquantes :

  • Campus des métiers et des qualifications : Lancés depuis 2017, ces campus rassemblent lycées, CFA, universités et entreprises autour de thématiques-phares (« Agroalimentaire d’excellence » à Pau, « Numérique » à Limoges, « Mobilités innovantes » à Poitiers…). Ils favorisent l’accès à des formations adaptées aux besoins locaux et anticipent l’évolution des métiers.
  • Grande École du Numérique : Plusieurs écoles labellisées en région jouent la carte de la diversité (ex : Simplon, Ecole 42 à Bordeaux) en ouvrant le secteur numérique à des profils variés et en accélérant la reconversion professionnelle.
  • 20 000 formations pour l’emploi : Ce plan phare du Conseil régional finance chaque année le retour en formation ou la reconversion de plus de 20 000 demandeurs d'emploi (source), orientés vers les métiers émergents ou en tension.
  • Filières locales et innovation pédagogique : Initiatives comme « L’Ecole de la 2e chance », les FabLabs ruraux ou les tiers-lieux (ex : Réseau des tiers-lieux d’Aquitaine) réinventent la façon dont s’opère la montée en compétences et l’apprentissage informel, en ancrage direct avec les besoins des territoires.

À cela s’ajoutent les dispositifs « Territoires d’Industrie » (aide à la formation, reconversion dans les bassins industriels en mutation), et l’engagement des universités pour la valorisation de la recherche appliquée au développement local (Université de Poitiers).

Renouveler la gouvernance de la formation : la clé d’une innovation durable

Une singularité régionale émerge : le rapprochement, parfois inédit, entre acteurs publics, entreprises, organismes de formation, tiers-lieux et associations citoyennes. L’exemple du « Contrat de Plan Régional de Développement des Formations et de l’Orientation Professionnelle » illustre cette gouvernance partagée : la stratégie y est négociée, co-construite, autour des besoins du territoire.

Cette démarche collaborative donne naissance à de nouveaux outils :

  • Diagnostics territoriaux partagés sur les métiers en tension et émergents
  • Parcours de formation individualisés et flexibles, plus courts, modulables, pensés autour de la mixité des publics
  • Dispositifs de micro-certifications et badges numériques pour valider les compétences acquises tout au long de la vie, y compris en dehors du cadre académique classique

Cette dynamique est amplifiée par la décentralisation progressive des politiques de formation, offrant aux régions comme la Nouvelle-Aquitaine une marge de manœuvre croissante pour répondre aux spécificités de leurs territoires.

Quels impacts sur le développement économique et social des territoires ?

Le croisement entre innovation dans la formation et montée en compétences opère un effet de levier multifacette :

  • Dynamisme économique : Les territoires capables de former rapidement aux métiers émergents attirent plus d’investissements, d’entreprises innovantes et de start-ups.
  • Attractivité et cohésion sociale : Un territoire riche de compétences et d'opportunités limite le départ des jeunes, favorise l’intégration des publics éloignés de l’emploi et lutte contre les fractures territoriales.
  • Résilience : Plus grande capacité d’adaptation face aux crises (sanitaires, énergétiques, géopolitiques), grâce à une population formée à apprendre et à évoluer.
  • Renforcement de l’identité territoriale : En valorisant ses atouts et ses savoir-faire (agriculture durable, économie bleue sur le littoral, industries culturelles…), chaque territoire façonne sa propre voie vers l’innovation.

Quelques chiffres :

  • Plus de 120 000 personnes formées chaque année dans des filières prioritaires en Nouvelle-Aquitaine (source : Région Nouvelle-Aquitaine)
  • Près de 1 000 nouveaux diplômés annuels dans les métiers du numérique, mais un besoin estimé 2 à 3 fois supérieur (source : Digital Aquitaine)
  • Les taux de retour à l’emploi dépassent 70% en filière industrielle ou santé après formation/reconversion (source : Pôle emploi Nouvelle-Aquitaine)

Pour aller plus loin : vers une culture régionale de la compétence partagée

La formation et la gestion prospective des compétences ne sont plus un enjeu d’experts, mais un projet de société. Territoires ruraux, pôles urbains, filières traditionnelles ou innovantes : la Nouvelle-Aquitaine avance en démontrant que l’intelligence collective peut devenir la principale ressource régionale.

La mobilisation des acteurs, la capacité à expérimenter et à valoriser les ressources humaines offrent un terrain fertile : la montée en puissance des tiers-lieux, l’expansion de la micro-certification, et la régionalisation accrue de la politique de formation laissent supposer que la Nouvelle-Aquitaine pourrait s’affirmer comme un laboratoire national en matière d’innovation dans l’apprentissage tout au long de la vie.

La véritable réussite dépendra cependant de l’aptitude à maintenir, dans la durée, un lien de confiance entre monde économique, société civile, territoires et institutions de la formation, seuls garants d’un développement équilibré, dynamique et inclusif.

En savoir plus à ce sujet :