24/05/2026

Former pour transformer : adapter les compétences aux réalités des entreprises de Nouvelle-Aquitaine

Comprendre la cartographie des besoins : entre analyses sectorielles et signaux faibles

Adapter l’offre de formation commence par une lecture fine du terrain économique local. Selon le dernier rapport de l’Observatoire Régional de l’Emploi et de la Formation (OREF Nouvelle-Aquitaine, 2023), plusieurs filières connaissent de forts besoins de recrutement :

  • L’agroalimentaire (transformation, qualité, logistique)
  • Le numérique (développement, cyber-sécurité, data)
  • La santé et les services à la personne
  • L’industrie aéronautique et spatiale
  • Les métiers du bâtiment, notamment la rénovation énergétique

L’ajustement suppose de capter aussi les signaux faibles : évolution des métiers sous l’effet du numérique, transformation écologique, nouvelles attentes sociétales. Le recours à des outils comme l’analyse de données d’offres d’emploi (via Pôle Emploi, APEC, Indeed) enrichit la compréhension. Des dispositifs complémentaires émergent : l’action du Réseau d’Observation des Métiers et de l’Emploi (ROME) croisée à des diagnostics menés avec les branches professionnelles offre une photographie actualisée des besoins.

Impliquer les entreprises locales : co-construction et expérimentation

Pour que l’offre de formation ne soit pas en décalage, l’implication directe des entreprises s’avère déterminante. Elle prend plusieurs formes :

  • Conseils stratégiques et jurys professionnels : dans les Lycées, les centres de formation d’apprentis (CFA), les entreprises interviennent pour valider ou ajuster contenus et référentiels.
  • Création de formations sur-mesure : le dispositif « Action de formation préalable au recrutement » (AFPR) crée des passerelles entre demandeurs d’emploi et postes réels, souvent co-conçues avec l’employeur (source : Pôle Emploi).
  • Immersions en entreprise : stages, alternance, Périodes de Mise en Situation en Milieu Professionnel (PMSMP), multiplient les temps d’expérimentation et guident l’évolution des formations.

Plusieurs projets illustrent ces dynamiques, comme les Campus des métiers et des qualifications Nouvelle-Aquitaine, qui fédèrent entreprises, rectorats, universités et collectivités autour de besoins sectoriels : aéronautique à Bordeaux, énergies renouvelables en Poitou-Charentes, usine du futur dans les Landes.

Des formats pédagogiques adaptés : modularité, alternance et hybridation

La souplesse des formats est devenue une exigence. Les entreprises, surtout les PME, expriment leurs difficultés à mobiliser des salariés ou à trouver des profils « immédiatement opérationnels » (INSEE, 2022). Trois leviers se distinguent :

  1. La modularisation : découper les parcours en blocs de compétences, pour actualiser uniquement certains modules, réduit la durée d’absence et cible mieux les besoins (exemple : le Certificat de Qualification Professionnelle – CQP).
  2. L’alternance et la formation en situation de travail : l’apprentissage, qui a bondi de 40% en 5 ans en Nouvelle-Aquitaine (source : Région Nouvelle-Aquitaine, chiffres 2022), rapproche l’école de l’entreprise et favorise l’insertion.
  3. L’hybridation : combiner e-learning et présentiel offre de la flexibilité, utile pour les territoires ruraux et les adultes en reconversion, comme l’expérimente l’Université de Bordeaux avec ses modules de formation continue à distance.

Répondre aux transitions : numérique, écologie et métiers émergents

L’innovation économique et sociale accélère l’apparition de nouveaux métiers. Si l’automatisation marque l’industrie, la transition écologique transforme l’agriculture, le bâtiment ou la gestion des ressources. Adaptation et anticipation sont des mots d’ordre.

Secteur Métier émergent Formation adaptée
Agri/agroécologie Conseiller en agriculture durable Modules en agronomie, numérique agricole, accompagnement du changement
Bâtiment Technicien rénovation énergétique Formations FEEBAT, spécialisation matériaux biosourcés
Numérique Développeur sécurité Cloud Bootcamp, titre professionnel, alternance post-bac

Les Greta, les Chambres de Métiers et d’Artisanat (CMA) et les écoles consulaires s’ajustent en continu, en s’appuyant sur les rapports de branche et sur des prévisions, comme celles de France Stratégie ou des Opérateurs de Compétences (OPCO).

Pilotage territorial : rôle des collectivités et gouvernance partagée

Côté pilotage, la Région joue un rôle central en coordonnant l’écosystème de la formation professionnelle (plan régional de développement des formations, dialogue avec branches et OPCO). Les contrats de plan Etat-Région (CPER) intègrent la question des compétences dans l’attractivité territoriale.

  • Soutien à la création de plateformes d’orientation et d’accompagnement comme Cap Métiers Nouvelle-Aquitaine.
  • Appels à projets pour l’innovation pédagogique ou la formation sur-mesure (Fonds pour l’Innovation dans la Formation Professionnelle).
  • Mise en réseau des acteurs (clusters, pôles de compétitivité, réseaux économiques locaux).

Cette gouvernance concertée prend tout son sens dans des bassins d’emploi contrastés, où les solutions doivent être adaptées : l’approche n’est pas la même à Niort (assurance et mutualité), Limoges (céramique, santé), Pau (énergies) ou Cognac (vins et spiritueux).

Des freins réels, des leviers concrets

Plusieurs défis persistent, mis en évidence par les enquêtes de la Chambre Régionale de Commerce et d’Industrie (CRCI) :

  • Image de certains métiers : difficile d’attirer sur la maintenance industrielle, les carrières dans les services à la personne, ou encore l’hôtellerie-restauration – d’où l’importance de sensibilisations précoces et d’une orientation positive.
  • Besoins en compétences transversales : au-delà de la technicité, les entreprises recherchent gestion de projet, travail en équipe, créativité.
  • Mobilité géographique : l’éloignement de certains centres de formation pénalise les zones rurales ou périphériques ; le développement du numérique et des modalités mixtes est ici clef.
  • Formation des formateurs : pour intégrer les innovations sectorielles, les enseignants doivent eux-mêmes monter en compétences, comme en témoigne l’essor du plan « Compétences 2025 » porté par la Région.

Ouverture : la dynamique collective, condition de réussite

L’adaptation des formations professionnelles en Nouvelle-Aquitaine ne se décrète pas d’en haut : elle naît d’un dialogue permanent et d’expérimentations ouvertes. Plusieurs réussites locales, comme le Campus régional du numérique à Poitiers, la Cité de la Formation à Marmande ou les fablabs portés par des communautés d’agglomérations, montrent la vitalité et la diversité des réponses.

La capacité d’une région à répondre aux défis économiques et sociétaux dépend donc de la qualité de ces ponts tissés au quotidien entre monde professionnel, organismes de formation, collectivités et forces vives du territoire. S’appuyer sur l’intelligence collective, l’agilité pédagogique et l’écoute du terrain : voici sans doute les clés pour faire de la Nouvelle-Aquitaine une terre d’avant-garde éducative autant qu’un creuset de talents.

Sources : OREF Nouvelle-Aquitaine (2023) | INSEE (2022) | Région Nouvelle-Aquitaine | Pôle Emploi | France Stratégie | France Compétences | Chambres de Métiers et d’Artisanat | Cap Métiers NA | CRCI Nouvelle-Aquitaine.

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